Rubrique Jeunes Cavaliers

Anna Camille Vlasov, l’espoir des Bahamas.

La toujours radieuse Millie Vlasov, l’espoir ensoleillé des Bahamas. © D.R. MV

Tout le monde l’appelle Millie, comme pour égayer un peu plus un prénom déjà enchanté par Philippe Chatel dans sa comédie musicale éponyme.  Un comte de petite fille qui trouve refuge auprès d’animaux fabuleux. Même si l’on ne peut pas comparer cette fable avec son enfance favorisée par des parents attentionnés, Millie Vlasov a déjà une belle petite histoire à nous raconter .

Née aux Bahamas dont elle défend aujourd’hui les couleurs, elle y grandit entourée des chevaux que sa mère recueille par dévotion . À peine impressionnée par la hauteur de ces montures, elle l’accompagne en balade à cheval entre dunes et plages.

Son père, Peter, est un brin aventurier. Passionné de voile, il remporte en 2018 la coupe du monde en régate 5.5 à Cowes avec l’équipage Bahamien /Suisse du New Moon. Il  s’est également initié aux chevaux de courses en côtoyant quelques grandes figures des pistes plates. 

Vers six ans, Millie reçoit son premier poney et tout le reste n’a plus guère d’importance. Sa vie se partage alors entre l’école et les écuries, son terrain de jeu de prédilection.

Mais, dans la famille, pas question de négliger pour autant les études. Dès l’âge de dix ans, elle intègre un internat dont l’enseignement des bonnes manières complétait dans l’allégresse celui des matières principales.

Après un cycle secondaire réussi, elle pense d’abord développer son intérêt pour la peinture en intégrant une école d’arts appliqués. Mais au bout de quelques mois, les chevaux lui manquent et l’éloignement se fait de plus en plus pesant.

Sous l’impulsion de son père, elle décide de se consacrer pleinement à l’équitation.

Il cherche alors une structure capable d’aider sa fille à performer au mieux dans un environnement serein et attentionné. Par l’intermédiaire d’une amie en commun, Édith Mézard (dont son cheval, Lord de Theizé, débuté par Gilles Bertran de Balanda, fit ses heures de gloire en équipe de France sous la selle d’Olivier Guillon) elle se présente chez Gilles Bertran de Balanda qui vient de créer son académie équestre dans le sud de la France :

      J’avais à peine dix-huit ans et j’étais ravi de pouvoir le rencontrer, car pour moi, Balanda rime avec les noms des grandes légendes qui ont marqué le monde du saut d’obstacles moderne comme les Pessoa. Je me souviens comme je fus impressionnée lors de notre première entrevue. Moi la petite fille des iles, issue d’un milieu guindé, je ne valais pas lourd avec ma faible expérience et ma petite jument rétive. Mais qu’à  cela ne tienne, après un stage d’été, j’intégrais l’académie dans la foulée.

Les premiers temps furent un peu délicats pour moi. J’étais tellement habitué à une certaine facilité et toujours un peu légère dans ma façon d’être… Avec Gilles, il ne s’agit pas seulement de monter correctement à cheval. Il est aussi attentif à ce que l’attitude générale se conjugue au mieux avec l’état d’esprit vers lequel doit tendre un sportif, quel que soit le niveau.

L’équitation est un sport passion qui demande une certaine rigueur dans son attitude personnelle, à cheval, comme en dehors des pistes.   

©Photo D.R Collection Privée

Au début, sans doute n’étais-je pas encore assez mûre pour comprendre tout ce qu’il attendait de moi… Mais malgré mon manque de conviction, j’obtenais déjà quelques bons résultats. Je me suis alors vraiment remise en question. Nous avons mis les choses à plat et j’ai pris conscience que c’est lui qui était dans le vrai et moi dans l’illusion.

Depuis, les années ont passé et il est devenu comme un second père pour moi. Je l’apprécie autant que je l’admire pour son implication.

Ici, c’est véritablement une académie. On ne se contente pas de prendre un élève, lui inculquer quelques astuces, pour l’envoyer en concours avec un cheval tellement bien préparé que le cavalier croit qu’il y est pour quelque chose .

Pour Gilles, peu importe le niveau que l’on a et celui que l’on aura. L’important c’est la volonté que l’on dégage pour s’améliorer. C’est de monter juste et de s’appliquer chaque jour à parfaire ses connaissances. Il me dit souvent que même avec son expérience, il en apprend toujours encore. Et puis je suis à l’aise avec lui, comme avec toute sa famille d’ailleurs.

J’apprécie beaucoup Caroline, son épouse, qui est une ancienne championne de tennis. Un point commun avec ma mère qui joue encore à haut niveau en semi-pro.

Sans s’immiscer dans notre travail à cheval, je sais qu’elle est là en cas de coup dur, ou si j’ai besoin d’un conseil – entre filles – . Grâce à elle, j’ai fait la connaissance de Dan, une coach exceptionnelle. Elle m’aide autant sur le plan physiologique que psychologique. J’ai ainsi pris conscience que le mental est aussi essentiel pour progresser dans le sport comme dans la vie de tous les jours.  Comme elle le dit, les deux vont de pairs. Entre les exercices de pilates et les séances de yoga, j’apprends à contrôler mon corps et mes émotions, à mieux déterminer mes objectifs et être en phase avec moi-même . En quelques mois, j’ai déjà pu apprécier tous les bien faits de ces méthodes qui m’aident autant lors du travail à cheval avec Gilles, qu’en compétition ou je me sens plus sereine.

Aujourd’hui, j’apprécie vraiment d’être là. Chez les Balanda, c’est un peu mon autre chez moi. Et puis il y a les filles. Marie qui est aussi à fond dans le tennis et Louise qui est fantastique. Elle monte aussi très bien à cheval et a une belle énergie. Elle est toujours attentionnée envers l’autre. Vraiment, j’ai retrouvé une seconde famille ici.

Ici, c’est ce petit coin tranquille du Lubéron ou Gilles Bertran de Balanda officie à sa guise dans des installations aussi fonctionnelles qu’agréables. Millie s’y rend chaque matin, transformant ainsi ses trois quarts d’heure de trajet en un rituel pour aborder avec sérieux sa journée à cheval. En quatre ans, son piquet de chevaux s’est aussi renforcé depuis la mise en retraite d’Arauca, sa jument partie pouliner en Normandie.

Aujourd’hui j’ai deux chevaux sur lesquels je m’appuie pour évoluer. Le premier c’est Beaumont. C’est mon gros doudou, celui qui m’a vraiment fait progresser. Il est le cheval que l’on rêve d’avoir quand on débute en compétition. J’en suis tombée amoureuse dès mon premier essai chez Inès de Balanda et je voulais à tout prix l’acheté de suite, ce qui avait d’ailleurs un brin agacé Gilles qui me priait de ne pas m’emballer aussi vite. On en rigole encore aujourd’hui quand on y repense. Puissant, mais calme, sur de son expérience et de ses moyens, Beaumont m’a aidé à prendre confiance en moi sur des parcours plus relevés. Aujourd’hui, je le préserve au maximum, car même s’il est en pleine forme et que je sens qu’il adore encore être en piste, à 16 ans, il mérite d’être moins sollicité.

©DR photo collection privée

Maintenant, c’est Ethos qui prend brillamment la relève. Il a un très bon coup de saut et un tempérament génial. D’ailleurs je crois que c’est aussi le chouchou de Gilles qui adore le monter. Le troisième est plus jeune. Gulliver a 9 ans cette année et nous l’envisageons pour de grandes échéances, car il a des moyens extraordinaires. Mais il n’a quasiment pas concouru et a besoin d’être travaillé avec minutie et un maximum d’attention pour que nous puissions ensemble progresser vers le plus haut niveau.

Gulliver devrait donc marquer l’entrée dans un monde plus grand, pour un projet élaboré en commun.

Depuis que je suis avec Gilles, j’ai  fait connaissance de son fils, Philippe qui travaille en partenariat avec Abdel Saïd. Nous avons des relations amicales et saines.

Je n’occulte pas le côté business, mais nous avons fondé une relation de confiance et un partenariat clair, sans ambiguïté. De toute façon, mon père veille au grain et si tel était le cas, je ne serais plus avec eux. N’ayez crainte ! Et moi, je suis peut-être encore jeune, mais je ne suis pas dupe non plus. Nous avons bien posé les objectifs et étudié les différents moyens à mettre en œuvre pour y parvenir au mieux. Tout cela à un coût, nous le savons bien . Mais le jumping de haut niveau n’est pas accessible sans de très bons chevaux.

Millie avec Inès et Gilles Bertran de Balanda au CSI d’Oliva ©Photo D.R Collection Privée

Nous avons donc décidé d’en former un plus jeune, plutôt que de dépenser une fortune dans un cheval déjà qualifié pour de telles épreuves. Ce sera plus laborieux, mais au final, sans doute bien plus appréciable et valorisant en termes de résultats. À moi de faire les efforts nécessaires pour y arriver !

Malgré une saison de concours réduite en peau de chagrin en raison des mesures anti-covid, les résultats sont en bonne voie. Aux podiums des CSI de Bourg-en-Bresse et de Saint-Tropez, ses bonnes prestations confirment une progression constante.

C’est vrai que cela va de mieux en mieux, mais je sais aussi tout le chemin qu’il me reste à parcourir pour prendre part aux épreuves internationales de haut niveau. Mais je suis motivée et je suis impatiente d’être à Knokke pour les prochaines semaines. C’est un concours extraordinaire avec une superbe organisation. Mais je dois veiller à rester concentré sur le concours, car j’ai tendance à me laisser aller dans ce genre d’endroit où l’on organise aussi de belles soirées. Mais j’ai pris conscience qu’il y a un moment pour tout. Et puis j’aurais le temps de me distraire un peu cet été, car je retourne quelques semaines aux Bahamas avant de reprendre les compétitions en septembre avec Gilles.

Déterminée à devenir la première cavalière internationale des Bahamas, Millie Vlasov ne manque pas d’ambition. Pour y parvenir, elle s’appuie donc sur une équipe de professionnels aguerris auxquels elle n’omet pas d’ajouter Louna, qui prend soin des chevaux aux écuries et l’expérimentée Margaux, qui groom en concours.

Cet automne, je devrais prendre part aux CSI de Saint-Tropez et d’Oliva en Espagne. J’espère vraiment y faire de bons résultats. Ensuite, il est prévu que les chevaux partent cet hiver à Wellington ou j’entamerai la tournée début 2022. Mon but est d’y décrocher une qualification pour les jeux panaméricains qui auront lieu l’année suivante au Chili. C’est vraiment  mon objectif en ligne de mire. Je sais qu’il y a encore beaucoup d’efforts à fournir et que cela ne va pas être simple. Mais comme le dit si bien Gilles.

Crois-en tes rêves, ils se réaliseront peut-être. Crois en toi ; ils se réaliseront surement !

Séduits par les intentions de cette atypique, mais non moins sympathique jeune cavalière, nous suivrons donc avec attention l’évolution de Millie Vlasov qui, au-delà de ses ambitions personnelles, tient à faire briller les couleurs des Bahamas au sommet des concours internationaux.

©Texte C.GERHARD pour jumpinews.com

©photo D.R collection privée E.V.