Reportage: En passant chez…Roger Yves Bost

Bosty , une histoire d’équilibre!

Depuis trois décennies, Roger –Yves Bost (Bosty, comme il aime à se faire appeler), écume les pistes internationales, accumulant les victoires les plus prestigieuses. Son attitude atypique lui vaut une image d’équilibriste, différemment appréciée selon les points de vue et l’idée que l’on se fait du fameux « style de monte ». Au-delà de nos frontières, en Allemagne (au public réputé des plus connaisseurs) comme en Angleterre ou en Suisse, on acclame sa présence en véritable chouchou du public. Certes, ses parcours de haute volée y sont sans doute pour beaucoup mais il n’aurait pas cette reconnaissance sans les bons résultats qui l’accompagnent.

Rencontre au Haras des Brulys…

Bonjour l’Artiste!

En ce petit matin, mon itinéraire me mène donc jusqu’à Barbizon. J’arrive en sortie de village au Haras des Brulys. La brume printanière se lève à peine, laissant le soleil recouvrir d’une douce lueur les herbages environnants. Une image bucolique qui me rappelle tout l’attrait des impressionnistes du 19ème siècle pour ce coin de Seine et Marne.

Si la peinture ne me laisse pas indifférent, c’est avec un autre type d’artiste que j’ai rendez-vous. Car s’il est un cavalier que l’on peut citer comme tel, c’est bien Roger Yves Bost.

Bosty est « né dedans » comme il s’amuse à le préciser : « D’aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours vécu avec les chevaux. Je me demande même si l’on ne m’a pas mis sur le dos d’un poney avant que je ne sache marcher ! Ma première compétition officielle ? Ce dut être en 1977 ; j’avais à peine 11 ans. A l’époque c’était l’âge légal pour débuter en compétition à cheval et c’était au salon…de l’agriculture ! »

Bosty est déjà à pied d ‘œuvre et interrompt sa revue d ‘écurie pour m’offrir ce fameux café.  –« Les débuts de semaines sont toujours difficiles. Mais j’ai déjà fais mon footing ce matin ! » Il faut dire que Bosty veille particulièrement à sa forme. « Nous sommes des sportifs ; même si certains en doutent…Et puis avec l’âge, il faut se maintenir en condition ! Ce n’est pas toujours facile… » Soupire t-il, d’un sourire en coin.

Nous reprenons alors le chemin des écuries pour rejoindre le box de Nikyta d’Elle. Un p’tit coup de brosse, selle et bridon pour un tour en carrière. Là Bosty en profite pour ajuster le travail de sa fille, Clémentine en selle sur On Ira du Bois Margot  :-« Garde l’équilibre…tourne avec tes épaules et  ne reste pas figée ; suit le mouvement ! »

 

Une question d’équilibre selon d’Orgeix!

L’équilibre dans le mouvement est bien le point clé pour Bosty :

-« Comme disait Jean…C’est là que ça se joue ! » …

Jean ? D’Orgeix bien sûr ! C’est avec l’ancien entraineur national que Bosty allait apprendre quelques astuces –« Il réfléchissait technique et psychologie ! Il avait une vision différente mais savait expliquer simplement ce que d’autres mettent des heures à vouloir te faire comprendre ! Ok, ses méthodes étaient aussi surprenantes que révolutionnaires mais on se rend compte aujourd’hui qu’il avait vu juste sur bien des points. Il s’en foutait un peu de l’attitude académique. »-

 J’en profite alors pour parler de son style et lui demander si cela vient de là :« Oh non. J’ai pris cette attitude depuis que je fais de la compétition. Je devais monter tellement de chevaux différents quand j’étais gamin que je ne m’embarrassais pas trop de ma position. Ce qui me semblait important c’était de savoir comment les chevaux fonctionnaient et de trouver la façon la plus simple pour gagner ! Du coup j’ai adopté ce style qui laisse une certaine liberté de mouvements aux chevaux. Ca ne nous réussit pas trop mal… Et puis même dans ce que l’on appelle le style académique chacun est diffèrent. Vous n’avez pas deux Markus Ehning et pourtant tout le monde s’accorde à dire que c’est un modèle.

Après je comprend aussi que ma position peut surprendre mais encore une fois, c’est comme ça que je le sents … »

Revenant sur les méthodes de Jean d’Orgeix , Bosty relève un point fondamental :-«  Ce qui l’intéressait surtout c’était de garder l’équilibre. C’est avec lui que j’ai appris à gagner du temps dans mes virages, tourner court en gardant l’impulsion. Je crois que ça m’a déjà pas mal servit depuis ! »

Il est vrai que quand on sait Bosty présent au barrage, plus d’un attend de voir son tour pour savoir si c’est encore jouable. Alors quand il a la chance de passer dans les derniers, c’est souvent gagnant, comme en début d’année à Bâle avec Castel Forbes Myrtille Paulois.

La jument de Lady Forbes fait partie du piquet de chevaux qui avait rejoint les écuries de Barbizon l’an dernier. Une sacrée surprise car on ne s’attendait pas à un tel revirement de la comtesse irlandaise envers sa compatriote Jessica Kurten. Depuis Bosty s’est mis à disposition pour ses nouvelles montures et semble trouver progressivement les affinités avec chacun. « Ca ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut un temps d’adaptation plus ou moins long en fonction de chaque cheval mais ça commence à venir ! C’est Lady Forbes qui m’a demandé si j’étais partant et une proposition pareille ne se refuse pas. C’était un nouveau challenge et il me fallait aussi penser à la relève d’Idéal. Cosma est vraiment une battante et elle signe une très bonne fin de saison. Vivaldo et Myrtille sont en pleine forme même si je pensais faire mieux ce week-end à Paris…mais bon ça ne marche pas toujours comme on veut…ce serait trop simple ! »

 Pourtant, Bosty, après son escapade au soleil espagnol, avait consciencieusement repris le chemin des Indoor le week-end précédent : « J’étais revenu spécialement pour prendre part au CSI de Dortmund. Les chevaux étaient au top et je pensais préserver Myrtille en lui évitant le Grand Prix pour lequel elle s ‘était facilement qualifiée. Du coup je l’ai monté un peu trop tranquille et elle n’a pas compris la fin de parcours. J’aurai du être plus précis car elle était vraiment bien. Je m’en veux un peu…beaucoup même. Mais bon ; c’est fait ! »

Pour ce qui concerne la saison 2012, Bosty avoue être encore dans l’expectative : -« Ça va dépendre de pas mal de choses. Je viens de rentrer quelques nouveaux chevaux de lady Forbes et je vais les mettre en piste avec d’autres jeunes à Arezzo. Dans deux semaines je vais prendre part au Global Tour à Doha. Ensuite je pense aller à La Baule mais pour le reste ça va dépendre des résultats et des projets du sélectionneur. J’attends de savoir… »

Quand je lui parle des Jeux Olympiques et de son éventuelle présence, je vois son regard briller d’espoir :-« La sélection n’est pas tranchée mais ceux qui on fait les championnats d’Europe seront sans doute de la partie. Maintenant tout reste possible et je vais faire au mieux pour être dans le coup…on sait jamais ? »

Pas du style à renoncer, Roger Yves Bost est actuellement 21ème meilleur cavalier mondial. Un classement qui prouve sa constance et si la ranking liste devait être la source des sélections olympiques, Bosty y aurait surement sa place…:-« la ranking n’est pas une fin en soit mais elle a son importance et c’est toujours mieux d’être devant…On vous repère plus facilement ! » conclu Bosty par un sourire qui en dit long sur ses intentions.

 

Un sacré palmarès!

Sacré champion d’Europe junior, puis jeune cavalier avec Jorphée du Prieur, c’est avec Norton de Rhuys que Bosty récoltera ses plus grands succès. Ainsi de 1988 à 1993 il sera Champion de France à Fontainebleau, vainqueur du Grand Prix Coupe du monde de Berlin, médaille d’or par équipe aux Jeux équestres mondiaux à Stockholm, 3e de la finale de la Coupe du monde à Göteborg, vainqueur du Grand Prix Coupe du monde de Bordeaux, 1er du Grand Prix du CSIO à La Baule pour conclure sur la victoire en équipe et la 6ème en individuel aux Jeux Méditerranéens à Perpignan.

Après Norton, Bosty poursuit ses exploits en compagnie de Souviens Toi II . Ce nouveau couple comptabilisera notamment 8 titres en GP coupe du monde et une 4ème place par équipe à Atlanta, pour la première participation de Bosty aux Jeux Olympiques. En 1998 c’est un nouveau titre de champion de France avec Airborne Montecillo.

Les années 2000 s’ouvrent sur une nouvelle ère avec Idéal de la Loge. Débuté sur les pistes de Fontainebleau, ce bon fils de Dollar du Murier (Jalisco) et d’Ulenda (Joyau d’Or) va permettre à Bosty de confirmer tous ses talents.  Une progression constante qui les mènera sur les plus hautes marches des podiums internationaux. En 2009, le couple sera régulièrement de la partie en coupe des nations pour conclure sur la splendide et mémorable victoire à Aix la Chapelle. L’année suivant Bosty mènera Idéal de la Loge aux sans faute avec une nouvelle victoire en GP coupe du Monde à Bordeaux. Soucieux de conserver la bonne forme des 15 ans d’Idéal, Bosty soulagera le programme de la saison 2011de l’étalon en privilégiant les plus grands évènements. C’est ainsi qu’ils remporteront la coupe des nations du CSI5* de Calgary pour conclure en novembre dernier par la victoire du GP Global Champions Tour d’Abu Dhabi.

En 10 ans, ses 51 victoires et innombrables classements totalisent plus d’un million d’euros ! Idéal de la Loge est à ce jour le cheval français ayant remporté le plus de gains en compétions.

Jean d’Orgeix :

Pour les plus jeunes de nos lecteurs, Jean D’Orgeix, homme aux multiples facettes, (acteur, aventurier, pilote d’avion de voltige) fût aussi un cavalier de renommée internationale et le premier entraineur de l’équipe française de CSO. C’est sous sa houlette que les cavaliers tricolores décrochaient la médaille d’or aux JO de Montréal.

 

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