Bosty. Un champion pas comme les autres.

L’itinéraire d’un Champion !

Herning, Danemark, samedi 24 aout 2013.

En ce milieu d’après-midi, alors que Scott Brash s’assurait un podium en signant le double sans faute avec Hello Sanctos, son compatriote Ben Maher vient de terminer son parcours. Bien qu’il tienne la tête du classement provisoire depuis le premier jour , sa grise Cella commettait une faute en première manche, laissant ainsi toutes ses chances à Roger-Yves Bost. Malgré la pression, le Britannique assume son rang et rectifie le tir en sortant le sans-faute dans son dernier round. Mais rien n’est joué, car il doit maintenant attendre le parcours du français pour savoir qui des deux sera « le » champion d’Europe…

Il est exactement 16 h quand Bosty s’élance vers l’obstacle N° 1 de cet ultime parcours. Jusqu’alors, sa jument Castel Forbes Myrtille Paulois avait accumulé les sans-fautes. Avec une jument bondissante à souhait, une énergie canalisée et un Bosty motivé comme à son habitude, cela augurait d’un bon résultat. Encore fallait-il tenir le coup…

Maintenant, le titre est à portée de sabots. Là, à moins d’une barre, car avec 2,42 Pts au compteur,la marge de manœuvre est réduite à un peu de temps dépassé. Nous sommes à mi-parcours , toujours sans faute, mais les visages sont fermés de part et d’autre. Philippe Guerdat compte en silence les foulées entre chaque obstacle quand Ben Maher rentre la tête dans son coup, serrant les dents comme pour appréhender la chute d’une barre. 

Dernière ligne, sans doute la plus compliquée à négocier. C’est là que Steve Guerdat se retrouvait piégé par un refus inopiné de son olympique Nino, laissant ainsi chouar, comme bien d’autres favoris, les derniers espoirs pour une médaille.

Mais le duo français aborde la distance à perfection, enchainant les derniers sauts comme une ligne de travail à la maison. Encore deux foulées et le tableau marque le score vierge de la victoire !

Partout dans le stade, comme d’autres devant leurs écrans, on exulte, on cri et l’on pleure même ! Des larmes de joie,évidemment, tant la victoire est belle et le bonheur intense.

Il l’a fait, ou plutôt, ils l’ont fait. Myrtille et Bosty sont champions d’Europe !

« Incroyable ! Non ? » lançait-il aux premiers qu’il croisait en sortie de piste. Rajoutant dans la foulée « Myrtille est fabuleuse ! »

Une victoire nette, claire et sans bavure, qui au-delà du titre, signe une véritable reconnaissance pour Bosty.

Un cavalier « extra-ordinaire ».

De tous les cavaliers du circuit, Roger-Yves Bost est sans doute l’un des plus atypiques, tant par son style que par son caractère.

Basé comme toute sa famille au Haras de Brulys à Barbizon,  Bosty est « né dedans », comme il aime à le dire. Performant à  poney (double titre de champion de France et médaillé d’argent aux Championnats d’Europe) il fait ses premiers parcours officiels  à cheval à l’âge de 14 ans . Bosty (comme le surnomme alors son père) ,va s’y montrer tout aussi performant en prenant part aux championnats d’Europe qu’il remportera en individuel en junior, puis trois ans de suite, par équipe et en jeunes cavaliers avec Jorphée du Prieur.

Arrive alors Norton de Rhuys (un bon fils de Duc de Fercé) avec lequel il remportera notamment les titres de champion de France en  1988 et 1993.  Avec Norton , Bosty va étoffer son palmarès en remportant le Grand Prix Coupe du monde de Berlin, la médaille d’or par équipe aux Jeux équestres mondiaux à Stockholm,  la 3e place de la Coupe du monde à Göteborg, le Grand Prix Coupe du monde de Bordeaux, le Grand Prix du CSIO à La Baule, pour conclure sur la victoire en équipe et la 6e aux Jeux Méditerranéen à Perpignan en 1993.

Norton prendra ensuite une retraite bien méritée au Haras de Brulys où il s’éteindra au printemps 2007, à l’âge de 28 ans.

Médaillé par équipe en argent aux J.EM de La Haye puis de bronze aux Européens de St Gall  c’est avec Souviens Toi III (Livarot HN) que Bosty  prendra part à ses premiers Jeux Olympiques à Atlanta avec une  4e place par équipe. En 1998 c’est un nouveau titre de champion de France avec Airborne Montecillo avant l’arrivée d’un nouvel étalon dénommé Idéal de La Loge.

L’ère Idéal. 

Arrivé sous sa selle alors qu’il n’avait que 5 ans, ce fils du fameux Dollar du Murier va devenir au fil du temps, le nouveau compagnon des victoires de Bosty. Du Grand Prix d’Hickstead  qu’il remportait en 2006, en passant par  Cannes, Helsinki, Calgary , Bordeaux et autres CSI5*, c’est à Abu Dhabi qu’Idéal et Bosty signeront leur dernière victoire en commun en remportant la finale du Global Champions Tour .
Après un passage chez Olivier Robert, l’étalon aujourd’hui âgé de 17 ans est sous la selle de  l’espagnol Eduardo Blanco.

 

 

La magnifique Myrtille !

 
Pouliche de l’an 2000, Myrtille Paulois est née non loin du haras du Pin au sein de l’élevage ornais d’Agnès Grosz. Elle est issue d’un croisement judicieux entre Dollar du Murier Ht Seine et Rita la Rouge, fille d’un autre illustre étalon, Grand Veneur. Des origines certes prometteuses, mais encore fallait-il qu’elle évolue dans un environnement favorable.
Elle n’avait que trois quand Lady Georgina Forbes en fit l’acquisition lors des fameuses ventes Fences (pour une enchère à 20.500 €)
 Un an plus tard, elle débutait en circuit classique sous la selle de Gilles Veron qui la fit évoluer jusqu’aux épreuves internationales pour rejoindre ensuite les écuries de Jessica Kurten. Vive et agile, Myrtille étrenne ses premiers gros podiums à Malines, La Corogne, San Patrignano, S’Hertogen Bosch ou encore Paris. 
 En 2011,suite à une fin de contrat un peu houleuse entre Lady Forbes et Jessica Kurten, Myrtille Paulois quittait les écuries allemandes de la blonde irlandaise pour revenir à Barbizon, accompagnée dans son déménagement par ses compères, Cosma et Vivaldo. –
La jument est hors norme, comme son nouveau cavalier et il faudra un peu de temps pour que le couple se forme.
En janvier 2012 Bosty engage la jument au CSI de Bâle où il vont remporter le GP dans un barrage d’anthologie et un public en délire.
Il faut dire que Bosty à la cote en Suisse et encore plus en Allemagne. Un engouement sans doute lié à son style spectaculaire, mais pas seulement. Car Bosty est un gars simple et abordable. Certes la langue de Goethe ou de Shakespeare façon Bosty, ça vaut le détour, mais peu importe le phrasé, il y va et ne manquera pas de commenter ou d’analyser son parcours avec Ludger Beerbaum, Pius Schwizer ou l’un des frères Whitaker.

Et tout le charme de Bosty.

C’est aussi le charme de Bosty, la simplicité dans un environnement qui se veut quelques fois un peu trop guindé. Pas de chichi avec lui et s’il croise un compatriote sur un terrain étranger,qu’il soit proche ou simple spectateur, il se fera un plaisir de partager un moment avec lui.
L’une de ses autres particularités réside dans sa capacité d’analyse d’un parcours. Si vous avez l’occasion de le faire, demandez-lui comment il a ressenti son tour et vous serez circonspect par la précision de son compte rendu. De la première à la dernière foulée il saura où cela a pêché et où il remplit au mieux son contrat. Un atout majeur pour progresser. Et là encore, Bosty ne manque pas d’efforts.
À 48 ans (pas tout à fait… le 21 octobre), il s’entretient au mieux de sa forme en compensant ses quelques écarts gourmands par l’un ou l’autre footing matinal.
Il m’avouait lors d’une de mes visites au Brulys qu’il n’était pas un grand fan du jogging, mais qu’il se devait d’être au top pour monter plus sereinement les chevaux qu’on lui confiait . – » dire qu’il y en a qui croient que l’équitation ce n’est pas du sport. Ils devraient essayer… » rajoutait -il encore d’un ton enjoué.

La reconnaissance d’un champion  

Par sa victoire dans le très disputé Championnat d’Europe, Bosty vient de prouver qu’en concours hippique il y a bien du sport et même du très grand sport !
Après quelques jours, l’euphorie du moment est retombée, mais nul doute qu’il va encore avoir droit aux éloges et que des salves d’applaudissements annonceront son entrée en piste.-
Si après son parcours gagnant, ses premiers mots furent « incroyable non? Mais la jument est magnifique ! » c’est qu’avec ses quelques déboires en coupe des nations (avec Nippon d’Elle) sa présence à Herning n’était pas une certitude. Si son sérieux et son expérience sont des atouts,ils ne furent pas toujours suffisamment appréciés jusqu’alors et l’on peut sans doute regretter son 5e rôle aux J.O londoniens.
Mais la roue tourne et Philippe Guerdat connaissant le phénomène, il n’allait pas se priver d’un tel élément de valeur.
Dès lors, cette victoire restera gravée dans l’histoire des sports équestres.
C.G.