C’est la rentrée!

Du bleu à l’âme!

Ça y est ! Comme le chantait C’Jérôme, c’est la fin de l’été ! Évidemment il nous reste sans doute encore quelques beaux jours à apprécier et chaque saison amène son lot de plaisirs… Mais la rentrée sonne toujours un peu comme la fin des beaux jours !

Pas pour les jeunes chevaux, car les sabots des espoirs du CSO retrouvent en cette fin aout, les pistes en herbe du Grand Parquet de Fontainebleau.

Outre le point de vue purement sportif, la Grande Semaine sonne comme la rentrée à l’école, le rassemblement général pour les éleveurs de tous bords et toutes les régions. Le point fort d’une filière que l’on dit pourtant chaque année en péril…

Une rentrée paradoxale, où l’on attend de voir à l’oeuvre les meilleurs espoirs de l’élevage national, qui ont depuis mars ou avril, sillonné les terrains de France à la recherche de précieux points qualificatifs pour cette fameuse grande finale.

Ce qui compte maintenant, c’est d’avoir les meilleurs résultats pour voir briller autant les coupes et plaques, que les pupilles admiratives de tous ces éleveurs, professionnels ou amateurs, rassemblés autour des fruits de leur passion !

Car il s’agit bien de passion. Comment comprendre autrement ce dévouement pour l’élevage de chevaux de sport dont on sait l’avenir aussi incertain que celui d’un glaçon flottant sur le lit d’une boisson anisée ! Certes, après ces deux semaines de canicule, les températures sont redevenues un peu plus clémentes, mais comme pour l’ensemble de l’activité économique, ces effets météorologiques n’auront procuré qu’un faux-semblant… d’été !

D’un naturel optimiste, je me demande tout de même de plus en plus où nous mène le système.

Ô, bien sûr il y en a encore qui réussissent à gagner un tant soit peu leur vie, par l’élevage, le commerce, ou même les sports équestres… Si, si ! J’en connais (un ou deux !), mais ils sont de plus en plus rares !

Pourtant de l’argent il y en a dans ce milieu ! Il n’y a qu’à voir le nombre croissant d’engagés dans les concours. Vous êtes surpris ? Sans doute… Car je veux parler des concours internationaux de haute volée. Ceux dont la somme des gains distribués fait oublier le prix de revient pour un week-end sous les sunlights !

Car ce qui compte avant tout aujourd’hui c’est d’en être ! De quoi ? Eh bien de ceux qui sans devoir compter peuvent atteindre l’élite !

Pour cela, quelques organisateurs, aussi malins qu’un brasseur flamand qui rajoute de la limonade à sa bière trop amère, réussiront avec panache, le tour de main parfait pour donner l’illusion que vous en êtes !

Mais attention, cela ne vaut que si vous avez d’entrée de jeu une mise suffisante pour vous assoir à une table VIP (veuillez insérer le Pognon), pour prétendre pouvoir participer soit à une vente aux enchères, soit à un concours. Si pour la première raison on peut encore l’entrevoir (quoique…) j’aimerai comprendre pourquoi, aujourd’hui, il est quasiment devenu normal de devoir prendre de telles dispositions pour accéder à une compétition soi-disant sportive !

Les fédérations n’ont plus que piètre influence sur les engagements internationaux. C’est en tous cas ce qui semble être devenu d’usage. Vu le nombre affluent des demandes, les organisateurs tranchent en fonction de la prise d’une table et non plus en fonction des agréments fédéraux ! Si vous êtes dans le bon classement de la fameuse Ranking Liste, tout va bien. Mais sinon… C’est une autre paire de manche ! Situation paradoxale, car pour progresser dans cette fameuse liste, il faut bien aller faire les grosses épreuves ! Et où trouver l’expérience si l’on ne prend pas le départ de telles concours ! Condamné au bac à sable du coin !

N’est-ce donc plus le talent et les capacités d’un cavalier qui permettent d’accéder au plus haut niveau ? Il faut croire que non !

Ainsi, lors de mes pérégrinations , je découvre régulièrement de nouveaux couples qui prennent part à des compétitions dont le niveau me semble d’amblé bien relevé au vu de leurs capacités. Enfin, surtout pour le cavalier ! Car niveau cheval, on y met les moyens !

Je n’ai rien contre la venue de nouveaux talents, bien au contraire, mais là, je recherche bien souvent ce fameux talent ! Pas celui de certains « coachs » qui réussissent (et j’avoue que c’est là aussi tout un art !) à superposer un cavalier tout juste aguerri à la maitrise des aides, sur un cheval aux moyens indéniables.

Non, je veux parler de tous ceux (et je vous assure qu’il y en a encore ) qui montent à cheval avec assiduité et persévérance, motivés par l’amour du métier et donc du sport ! Ceux qui bien avant de poser leurs fesses sur une selle, débutent chaque matin par une poignée de main aux manches de fourches ou de balais.

Ceux qui chaque soir font les comptes pour savoir comment payer les charges, sans penser à s’en garder dans la poche, ne serait-ce que pour aller faire quelques courses plus alléchantes, histoire de changer un peu des pâtes et du riz!

Celles et ceux qui, chaque jour, remettent du coeur à l’ouvrage et qui à force de voir comment ça se passe vraiment, finissent par baisser les bras, abandonnant au passage toutes les belles ambitions qui les motivaient jusqu’alors.

Du côté des éleveurs, c’est à peu près le même topo ! Les prix des engagements sont de plus en plus élevés et les dotations bien risibles ! Comment encore retomber au moins sur ses pieds ? Les temps sont durs et je comprends aisément que le montant des gains ne peut pas toujours suivre l’évolution du coût de la vie ! Mais quelle vie ?

L’élevage est au coeur d’une filière agricole qui depuis des décennies subit les affres des conjonctures économiques sous couvert de la mondialisation.

Les paysans (ceux qui façonnent et nourrissent le pays) sont devenus pour la plupart des agriculteurs à mi-temps, forcés de trouver ailleurs, le complément vital pour maintenir un semblant d’exploitation !

Les éleveurs de chevaux ne sont pas épargnés et loin de vouloir toucher quelques subsides de l’état, souhaiteraient tout simplement pouvoir vivre de leur activité !

Les différents représentants de la filière ne m’ont heureusement pas attendu pour prendre les devants et je les félicite pour leurs efforts, bien souvent accompagnés de protestations houleuses de part et d’autre. La ténacité dans l’adversité les a d’ailleurs menés à une union que je souhaite des plus prolifiques pour l’avenir.

Le temps des réformes doit aussi passer par l’analyse de la situation et je conclurai mon billet d’humeur par cette note d’optimisme inspiré par les résultats des juniors et jeunes cavaliers français primés aux derniers championnats d’Europe. Ils ont su créer la surprise !

Les Selles Français continuent à briller au plus haut niveau et ce cher Nino des Buissonnets en fait la preuve par l’or olympique et la fierté de la famille Deroubaix. Le champion d’Allemagne Marc Bettinger remportait en juin le titre national avec O’d’Eole, jument d’exception née sur les terres du Cotentin de la famille Bizot. Deux Selles Français ayant en parenté le même père hollandais: Kannan.

 

Oh d'Eole, l'une des révélations de l'élevage francais de l'année 2012, maintenant propriété du Haras de Hus pour la selle de Michel Robert

Si les sports équestres sont depuis longtemps assimilés à un secteur élitiste, ils arrivent aujourd’hui au paroxisme d’un systême qui risque bien de remettre en question l’avenir du sport !

Qu’en est-il vraiment du sport? Comment susciter l’interet des médias hors secteur, si l’on continue dans le narcissisme et l’autosatisfaction?

Je lisais récemment l’avis d’un lecteur dans une revue spécialisée. Il y faisait un comparatif entre les sports équestres et d’autres disciplines. Comment serait apprécié un tournoi à Rolland Garros si les meilleures places étaient réservées à des gens attablés en bord de cours ? Si sur un green de golf on installait des tentes VIP pour voir de plus près, le coup jouer sur le dernier bunker!  Si les pilotes de F1 devaient construire leurs voitures, payer les déplacements et tous les frais annexes?

Évidemment cela est un peu exagéré… Mais bien des cavaliers investissent sur leurs propres fonds pour aller en concours ! Si cela peut se concevoir au début ( et encore, il y aurait sans doute moyen d’y apporter une certaine aide) comment justifier de tels investissements et dépenses ( personnel, transport, etc.) pour pratiquer un sport de haut niveau.

Si par bonheur il trouve un mécène ou sponsor, celui-ci aura bien du mal (hormis celle de son cavalier) à recevoir la moindre reconnaissance des différentes parties prenantes. Prenantes. Là est bien le mot ! Quant à l’éleveur, n’en parlons pas ! Combien de fois aura-til été cité à une remise des prix?

Évidemment, je sais aussi que tous les cavaliers ne sont pas des exemples de reconnaissance. Que bien des propriétaires se sont aussi retrouvés bernés par les belles paroles de certains prétentieux qui n’avaient d’yeux que pour la grosseur du portefeuille.

Il en va ainsi de la vie. Tout n’est pas rose et quoique l’on dise ou pense il y en aura toujours pour tirer les marrons du feu !

Ça tombe bien. C’est bientôt l’automne !

Allez, retrouvons une note d’optimisme et comme le confiait l’autre jour un éleveur d’un certain âge:- » vous savez, la vision des choses peut changer en un clin d’oeil ! Mais pour progresser, il faut toujours au moins en garder un d’ouvert ! »

Bon pied, bon oeil!

 C.G. 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur « C’est la rentrée! »

  1. Et bien… On peut dire que le titre du billet ne laisse pas présager de son contenu !

    En tout cas il dit des choses qui, pour le moins évidentes lorsque l’on cotoît le milieu (et même à mon petit niveau d’amateur), font du bien à entendre.

    Comment notre si prestigieuse fédération (et c’est peut-être de ça qu’il s’agit : de prestige..) autorise l’organisation d’Equita’Lyon (par exemple) à condamner plus d’un tiers de l’arêne aux tables VIP souvent occupées par des gens qui ne jetteront même pas un coup d’oeil à ce qui se passe au milieu… Laissant les petits passionés comme moi s’arracher les maigres places restantes.

    Notre sport est magnifique mais comment ne pas s’intéroger quand on voit tous ces cracks chevaux partir sous la selle de riches héritiers propriétaires d’or noir ?? Comment ne pas s’interroger quand on voit nos droits d’engagements autant augmenter et les dotations diminuer d’autant ?? Où va l’argent ?? Pourquoi vendons-nous tous nos chefs de races (vu la facilité de nos jours à changer les chevaux de Stud Book) et surtout que faisons-nous pour arrêter ça…?

    Les synergies (forcées ?!) amorcées notamment par le Haras des Couderettes est peut-être la solution, je l’espère, mais pour combien de temps..?

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